Les salariés d’Air Tahiti Nui tirent la sonnette d’alarme sur « une situation extrêmement préoccupante » pour l’avenir de la compagnie au tiare.
Réunis au sein du « Collectif Air Tahiti Nui », ils ont adressé un courrier à la présidence du Pays, au hautâcommissariat et à la Chambre territoriale des comptes pour dénoncer une crise « comme la compagnie n’en a jamais vécu », à la fois financière et managériale, depuis le changement de gouvernance. Tensions internes, démotivation générale et « absence totale de visibilité et d’orientation » alimenteraient désormais des « risques psychosociaux graves », avec des salariés en état de stress permanent.
Au cœur de leurs critiques figure le président du conseil d’administration, Hiro Arbelot, accusé de se comporter « de fait comme un PDG » en s’immisçant dans la stratégie comme dans l’opérationnel : participation aux comités de direction et exécutifs, présence à certaines négociations syndicales, « chasse aux sorcières » et « valse des révocations de cadres ». Le collectif décrit un PCA « n’acceptant aucune contradiction », arrivé avec un esprit « revanchard » et cherchant à « défaire » l’héritage de 27 ans, au point que les salariés estiment que, si un « fusible » doit sauter, ce n’est pas l’actuel directeur général Philippe Marie, mais bien le PCA.
Les employés dénoncent aussi l’absence de cap clair pour la compagnie depuis le départ de l’ancien PDG Michel Monvoisin. La seule base serait une « soi-disant feuille de route » jugée floue, non hiérarchisée et sans calendrier, qui ne répond pas aux questions essentielles : « Où allonsânous ? Quelle est la vision stratégique ? » Dans un contexte où le président du Pays vise 600 000 touristes, ils s’interrogent sur le rôle d’ATN : outil de souveraineté et de désenclavement ou simple transporteur régional voué à se réduire, déplorant qu’« aucune mesure » ne soit prévue dans le budget 2026 pour soutenir la compagnie.
Autre point explosif : les choix stratégiques, en particulier le projet de changement de flotte attribué à un PCA « adepte d’Airbus » avant même toute « étude sérieuse ». Le collectif s’inquiète du financement d’un tel projet – Pays donc contribuables, ou montage via une autre société – et interroge la pertinence de renoncer à des appareils relativement récents au profit d’avions longâcourriers de dernière génération comme les B787 ou A350, plus performants mais très coûteux, au risque de creuser le déficit. Ils jugent que ce scénario mérite bien plus qu’« quelques semaines d’accompagnement » par un cabinet de conseil choisi selon eux sur la base de « relations amicales ».
Pour les salariés, « l’entreprise est en train de se désintégrer » : climat social « pesant, presque insupportable », employés désorientés, intimidations présumées par des « alliés » du PCA, directeurs publiquement pris à partie, et incertitude totale sur l’avenir. Dans leur lettre ouverte, ils rappellent avoir déjà interpellé le président du Pays sans réponse et appellent désormais à une réaction urgente pour clarifier la gouvernance, redéfinir une stratégie lisible et assurer la pérennité d’Air Tahiti Nui avant qu’il ne soit trop tard.
Crédits Photo : @ATN