Le Tribunal administratif de Polynésie française examine aujourd'hui cinq recours déposés par Air Tahiti contre les aides financières accordées par le Pays à sa concurrente Air Moana.
La compagnie historique conteste des prêts, garanties bancaires et participations au capital qui favoriseraient selon elle la société Natireva. Ces mesures incluent un prêt de 600 millions de francs, une garantie d'un milliard et une autre de 400 millions pour l'achat de deux ATR.
Le rapporteur public recommande l'annulation de trois arrêtés du Pays datés de mai, juin et juillet 2025. Il juge irrecevables les arguments d'Air Tahiti sur la distorsion de concurrence et valide la participation minoritaire du Pays à Air Moana au nom de l'intérêt général. Cette prise de participation vise à assurer la desserte des îles et le développement économique local.
Maître Nathalie Jalabert-Doury, avocate d'Air Tahiti, dénonce une aide publique massive de six milliards de francs en moins de deux ans, incluant défiscalisation indirecte. La compagnie historique affirme s'être vue refuser des subventions similaires pour renouveler sa flotte et pointe un conflit d'intérêts puisque le Pays est actionnaire des deux opérateurs. Elle évoque aussi le cas d'Apetahi Express, laissé en redressement judiciaire sans soutien équivalent.
Le gouvernement défend ses choix en rappelant qu'Air Tahiti bénéficie d'une Délégation de Service Public d'un milliard deux cents millions de francs et a elle-même reçu des aides historiques créant un quasi-monopole. L'arrivée d'Air Moana aurait réduit les tarifs aériens au bénéfice des voyageurs polynésiens.
Air Tahiti assure la majorité des liaisons inter-îles tandis qu'Air Moana concurrence sur certaines lignes intérieures. À Papeete, professionnels du tourisme et habitants surveillent cette affaire qui pourrait bouleverser les prix et fréquences des vols au fenua. Le tribunal rendra sa décision le 27 janvier prochain.
Cette bataille judiciaire cristallise les tensions autour du transport aérien en Polynésie française. Les enjeux économiques et sociaux sont majeurs pour l'ensemble des archipels.
Crédits Photo : @AirTahiti