Gros séisme dans le ciel du fenua : toutes les aides financières accordées par le Pays à Air Moana viennent d'être annulées par le tribunal administratif.
La compagnie interinsulaire, concurrente directe d'Air Tahiti, se retrouve plus que jamais fragilisée. Derrière cette décision, c'est l'avenir même d'Air Moana qui est désormais en question en Polynésie française.
En mai, juin et juillet 2025, le Pays avait soutenu la SAS Natireva, société qui détient Air Moana, via un prêt de 600 millions de francs et deux garanties d'emprunt d'environ 537 millions et 400 millions de francs pour l'achat d'un ATR 72-600. Saisi par Air Tahiti, le tribunal a annulé ces trois arrêtés. Motif : ces aides ne respectaient pas une loi du Pays de 2017 qui encadre strictement les prêts et garanties accordés aux sociétés privées en difficulté.
Selon ce texte, la Polynésie française ne peut pas aider financièrement une société dont les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social, ou qui fait l'objet d'une procédure collective. Or Natireva, après une guerre commerciale intense avec Air Tahiti, affichait déjà 2,2 milliards de pertes en 2023. Entre réduction puis réaugmentation de capital, puis nouvelles pertes en 2024, la situation financière restait très dégradée au moment où les aides ont été accordées.
Pour le tribunal, il était clair qu'à la date des arrêtés, les capitaux propres de Natireva ne pouvaient pas atteindre la moitié de son capital social, bien en dessous du seuil exigé par la loi. La juridiction estime aussi qu'il appartenait au Pays de vérifier précisément ce critère avant de valider le prêt et les garanties. Résultat : les trois arrêtés sont annulés, et le gouvernement dispose de trois mois pour faire appel.
Pour les usagers des lignes interîles au fenua, cette décision pourrait avoir de grosses conséquences : réduction d'offre, risque sur certaines dessertes, et incertitude pour l'avenir d'Air Moana. Le feuilleton judiciaire ne fait que commencer, mais la compagnie se retrouve clairement en zone de turbulences financières.
Crédits Photo : @AirMoana